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DE LA VILLE DE PARIS.
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qui estoict Melun et Corbueil "\ ce qu'il feist, et ne laissa a Estampes que quelque escouade qui demeura dedans le chasteau, lesquelz n'y feirent pas longue demeure, après que la ville fut prinse, et se rendict à la misericorde de monsieur le prince de Condé, qui leur feist grace, au moings n'en fict poinct mourrir '-'. Monsieur de Guise et monsieur le Connestable estoient ce pendant à Paris, où ilz faisoient la meilleure dilligence qu'il leur estoit possible pour faire renfor­cer nostre armée, qui estoict fort mal complaitte, à cause qu'elle n'estoict pas encores toute revenue de Rouen <3'.
Monstres a Paris. Ce pandant messieurs les Prevost des Marchans et Eschevins de lad. ville de Paris faisoient chascun jour faire monstres en armes des habitans de lad. Ville (*', à chascune trouppe vingt enseignes pour le moings, et quant les quartiers estoient grans et les Dixaines peuplées, y en avoict daventaige, faisoient faire bon guet et garde, la nuyt, en chascun corps de garde estans édifiiez aux coings des rues de chascune Dixaine.
Corps df. garde sur les rampars.
Feirent faire et bastir des corps de gardes sur les fossez et rampars de lad. Ville, tant deçà que delà les ponlz, où les plus prochains cappitaines desd.
rampars et fossez s'alloient tenir la nuict pour faire le guet.
Alloient eulx mesmes par tout faire la ronde, la nuict, avecq quatre ou cinq cens chevaulx bien aimez et equippez de pistolles et autres armes de cheval, et tournoient par les rues de lad. Ville pour veoir si le guet assis et sentinelles faisoient bon guet; et y avoict si bon ordre en lad. Ville que on ne craignoict poinct l'ennemy I5', tant pour le grant nombre du peuple qui estoict en armes dedans lad. Ville, que pour la bonne dilligence que fai[soi]ct monseigneur de Guise et monsr le Connestable au devant des faulxbourgs de lad. Ville, actendant l'ennemy, que aussi pour la foy et l'esperance et asseurance que avoict en Dieu le peuple de Paris de les deffendre en leur juste querelle et les mainttenir en leur foy et antienne relligion catholique el romaine.
Mons' de Guise demanda à lad. Ville quelques pionniers pour faire trenchées au devant desd, faulx­bourgs, ce qui luy fut accordé, et besongnerent si dilligenment que en peu de jours lesd, tranchées furent faittes.
Led. srde Guise estoict logé aux Chartreulx'01 ct monsr d'Enville auprès de luy.
Monsieur de Cypierre(7) estoict logé à Sainct Mar­ceau à la maison des Gobelins, qui y donnoict bon ordre de son costé.
Monsieur le Connestable estoict logé en l'abbaye
O Aux termes d'une lettre de décembre 1562, Charles IX, ayant reçu avis que les huguenots -tournoyent la teste vers Corbeil, leur envoya le mareschal de Saint-André avec de si bonnes et si grandes forces qu'ils ne l'osèrent attaquer^ (Bibl. Nat., fonds français 15877, -0'- 44a).
(-) Suivant les Mémoires du prince de Condé, p. 691, on apprit le 12 novembre la reddition d'Etampes; d'après ie Journal de l'année i56a, ce fut le 18 qu'on reçut la nouvelle de la prise par les huguenots du château d'Etampes, où il y avait grande quantité dc blé el d'autres provisions. On voit par ies Mémoires de Claude Haton, t. I, p. 3oo, que le prince de Condé «y entra sans aucune résistance et y trouva les portes ouvertes et sans aulcune garde». Les compagnies de gens de pied laissées par le maréchal de Saint-André avaient jugé prudent de se retirer, les ecclésiastiques et riches bourgeois d'Etampes suivirent leur exemple, -et avec les finances des églises el de leurs maisons, s'allèrent mettre en Saulve garde à Parisn. Le prince de Condé et ses troupes s'arrèlèrent dix à douze jours à Etampes pour piller celte ville et saccager le pays d'alentour, notamment la Ferté-Alais et Dourdan.
'3) Le 19 novembre, arrivèrent à Paris plusieurs compagnies du comte Rhingraf avec de l'artillerie, sous le commandement de M. de Brosse; le 24, le camp fut renforcé par la venue de 2,5oo ou 3,ooo Suisses, mais le Connétable ct M. de Guise man­quaient de cavalerie et attendaient avec impatience M. de Sansac qui conduisait 3,ooo Espagnols et 2,000 Français, avec environ 1,ooo chevaux, arrivant de Tours à marches forcées. (Journal de l'année i56a, p. 199, 200.)
O Notamment le dimanche i5 novembre. (Cf. même Journal.)
(-) Vieilleville, dans ses Ménoires, coll. Michaud, t. VI, p. 32 1, ne partageait nullement celle confiance dans la population pari­sienne; il déclare mème qu'il n'y avait pour veiller à la sûreté de la capitale, en dehors de la populace facile à épouvanter, que des -artisants assez mal aguerrys et quelques bandes françoises soubs capitaines mal expérimentez^. Heureusement que les faubourgs étaient défendus par les princes et seigneurs, tria présence desquels soutint tous les efforts de l'ennemy et le réduisit à neant-.
(6) Le maréchal de Saint-André, qui avait pour quartier le faubourg Saint-Michel, et M. de Vieilleville étaient également installés aux Chartreux, logeant dans ia même chambre, pour pouvoir conférer jour et nuit des affaires, -et y firent, dit Vieilleville dans ses Mémoires, p. 3a 1, de merveilleux devoirs-.
(') Philibert de Marsilly, s' de Cipierre, gentilhomme du pays de Mâconnais, fut appelé par Henri II au poste de gouverneur de Charles IX ; -il parlait, au dire de Brantôme, mieux françois, espagnol et italien que gentilhomme ny homme de guerre qu'il eût jamais vu-, ets'acquitta parfaitement de la mission délicate qu'on lui avait confiée. Chargé de désarmer la ville d'Orléans, ii s'attira l'inimitié
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